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Femme inquiète la main sur la tempe, pensant à un cerveau avec zone douloureuse et bouclier
Diagnostic

Migraine dangereuse ? Ce que disent les études sur les risques

Par Laurine Nicoletti12 min

Tu viens d'avoir une crise violente, ou une aura qui t'a fait peur, et une question te trotte dans la tête : est-ce qu'une migraine dangereuse existe vraiment ? Tu as peut-être lu qu'il y avait un lien avec l'AVC, ou ton médecin t'a parlé de ton cœur ou de ta pilule, et tu ne sais plus quoi en penser.

La réponse courte : la migraine est une maladie bénigne, mais pas anodine. Les études montrent un petit surrisque vasculaire dans certains cas, surtout avec aura, et quelques signes précis justifient de consulter vite. Cet article fait le tri, calmement, entre ce qui est établi et ce qui reste incertain. Si tu veux d'abord comprendre comment on pose le diagnostic, tu peux aussi parcourir notre guide sur le diagnostic de la migraine.

En bref

  • Selon l'Assurance maladie, la migraine est une maladie bénigne, même si elle pèse sur la qualité de vie.
  • La migraine avec aura est associée à un surrisque d'AVC ischémique et d'infarctus, plus marqué chez les femmes, mais ce risque reste faible en valeur absolue.
  • Une migraine ne fait pas baisser les capacités de mémoire ou de raisonnement : une étude de l'Inserm sur 780 personnes de plus de 65 ans n'a trouvé aucun surrisque de déclin cognitif.
  • Un mal de tête soudain et explosif, avec fièvre, nuque raide, faiblesse ou trouble de la parole, justifie une urgence, même chez une personne migraineuse.

Migraine dangereuse ou non : la réponse courte

La migraine elle-même n'est pas considérée comme une maladie grave. L'Assurance maladie la décrit comme une maladie bénigne qui altère toutefois la qualité de vie, avec un impact sur les relations, les études ou le travail. Elle ne nécessite d'ailleurs pas d'avis médical immédiat quand tu reconnais ta crise habituelle.

Ce qui peut être dangereux, ce n'est donc pas la crise de migraine typique. Ce sont deux autres situations : un mal de tête nouveau ou inhabituel qui cache une autre cause, et, sur le long terme, un léger surrisque vasculaire chez certaines personnes migraineuses.

Pour la différence entre un vrai mal de tête de migraine et un mal de tête banal, tu peux lire Migraine ou mal de tête : quelle différence ?. Pour ce qui se passe dans le cerveau pendant une crise, c'est dans Causes de la migraine.

Migraine sans aura : qu'est-ce que disent les études ?

Pour la migraine sans aura, le surrisque vasculaire est moins net, et les données sont moins claires que pour la forme avec aura. C'est la forme la plus fréquente, celle de la plupart des femmes qui consultent. Tu peux en retrouver les signes dans Migraine sans aura : symptômes, durée et différences.

Une grande étude de cohorte danoise, publiée en 2018 dans le British Medical Journal et résumée par Vidal, a suivi plus de 50 000 personnes migraineuses et les a comparées à une population témoin dix fois plus nombreuse. Elle observe une augmentation modérée du risque d'infarctus du myocarde, d'AVC, de phlébite et de fibrillation auriculaire (un trouble du rythme du cœur). Cette augmentation était plus marquée chez les femmes, les personnes avec aura et les plus jeunes.

Cette étude a des limites que Vidal souligne : un risque cardiovasculaire déjà plus élevé au moment du diagnostic, et un diagnostic le plus souvent posé à l'hôpital, qui a pu sélectionner des formes plus sévères de migraine. Autrement dit, ce résultat ne se transpose pas automatiquement à toutes les migraineuses.

Migraine avec aura : ce que l'on sait du risque d'AVC

La migraine avec aura est associée à un risque un peu plus élevé d'AVC ischémique, c'est-à-dire d'un vaisseau bouché qui prive une zone du cerveau de sang. Ce surrisque est surtout observé chez les femmes jeunes, mais il reste faible en valeur absolue et augmente avec le tabagisme.

Pour rappel, l'aura regroupe les signes qui précèdent ou accompagnent la crise : zigzags lumineux, tache aveugle, fourmillements, difficulté à trouver ses mots. Tu en trouveras le détail dans Migraine avec aura : comprendre les signes avant la crise.

Un facteur de risque, mais parmi d'autres

Une analyse relayée par Vidal conclut que la migraine avec aura pourrait être considérée comme un facteur de risque cardiovasculaire, au même titre que l'hypertension, le tabac ou le diabète. Cela ne veut pas dire que tu vas faire un AVC. Cela veut dire qu'il est utile de surveiller les autres facteurs, ceux sur lesquels tu peux agir.

Un risque relatif plus élevé n'est pas un risque élevé : quand la probabilité de départ est très faible chez une jeune femme, la multiplier un peu la laisse faible. C'est pour cela que les médecins parlent de prévention plutôt que d'inquiétude.

Ce qui reste incertain

Les résultats des études ne vont pas tous dans le même sens. Un article de Vidal sur le risque cardiovasculaire et la migraine, basé sur plus de 27 000 femmes d'au moins 45 ans, rappelle que les travaux donnent des résultats contradictoires. Les auteurs invitent à regarder l'histoire complète de la migraine de chaque personne, pas seulement son étiquette.

On ne sait pas encore très bien pourquoi l'aura serait liée aux vaisseaux. Plusieurs pistes sont étudiées, mais aucune ne s'impose pour l'instant, et il vaut mieux le dire honnêtement.

Pilule, tabac, tension : les facteurs qui comptent vraiment

Quand on a une migraine avec aura, les deux facteurs qui pèsent le plus sont le tabac et la contraception contenant des œstrogènes. Selon Vidal, la contraception œstroprogestative est contre-indiquée en cas de migraine avec aura, à cause du risque accru d'AVC ischémique, alors qu'une contraception progestative reste possible.

Si tu prends une contraception hormonale, l'Assurance maladie recommande d'en parler à ton médecin traitant dès que tu as des migraines. Ne change ni n'arrête rien seule : c'est une décision à prendre avec un professionnel. Tu trouveras un tour d'horizon dans Pilule et migraine.

Le reste relève de la prévention classique : ne pas fumer, surveiller sa tension, bouger régulièrement. Ces gestes protègent les vaisseaux de tout le monde, et ils comptent encore davantage si tu as des auras.

Une migraine abîme-t-elle le cerveau ?

Non, rien ne montre qu'avoir des migraines fasse perdre des capacités de mémoire ou de réflexion. Une étude de l'Inserm menée à Nantes sur 780 personnes de plus de 65 ans a constaté que les maux de tête importants et répétés étaient associés à davantage de petites lésions visibles à l'IRM, mais sans augmentation du risque de déclin cognitif, qu'il s'agisse de migraines ou d'autres céphalées.

C'est un résultat rassurant, avec une nuance : l'étude porte sur des personnes âgées, pas sur des étudiantes ou de jeunes actives, et elle n'exclut pas que d'autres effets existent. Mais à ce jour, les données disponibles ne montrent pas de conséquences négatives de la migraine sur le fonctionnement du cerveau.

Aura ou AVC : comment ne pas confondre ?

Une aura s'installe progressivement sur plusieurs minutes, alors qu'un AVC ou un AIT débute le plus souvent brutalement. Une aura typique se développe sur au moins 5 minutes, et chaque symptôme dure en général entre 5 et 60 minutes. Les signes se succèdent souvent : d'abord un trouble visuel, puis des fourmillements.

À l'inverse, pour un AVC ou un accident ischémique transitoire (un AVC bref), le début est brutal, en quelques secondes ou minutes. Ce caractère brutal est un des arguments les plus forts.

Si tu as une aura, tu la connais probablement déjà. Ce qui doit t'alerter, c'est une aura différente de d'habitude : une faiblesse d'un côté du corps, une bouche qui tombe, des mots qui ne sortent plus, ou des symptômes qui durent bien plus longtemps. Dans ce cas, appelle les secours sans attendre.

Et si ton aura arrive sans mal de tête, c'est fréquent et connu : tout est expliqué dans Migraine silencieuse : quand l'aura arrive sans mal de tête.

Les signes qui justifient d'en parler vite à un médecin

Certains maux de tête doivent être évalués rapidement, même si tu es migraineuse. L'Assurance maladie indique qu'une douleur explosive, insupportable, d'intensité maximale dès le début, avec vomissements, fièvre, raideur de la nuque ou altération de l'état général nécessite une consultation d'urgence. Il en va de même pour un mal de tête soudain et violent accompagné de faiblesse brutale, de paralysie, de troubles de la parole, de confusion ou de crise d'épilepsie.

Les recommandations françaises pour les urgences, présentées par Vidal et la SFEMC, insistent sur le même point : un mal de tête récent, inhabituel, de début brutal ou qui s'aggrave rapidement est considéré comme potentiellement secondaire (dû à une autre cause) jusqu'à preuve du contraire. Le médecin cherche alors de la fièvre, un trouble de la vigilance, une raideur de nuque ou un déficit neurologique.

En pratique, parles-en vite si :

  • c'est le pire mal de tête de ta vie, ou il atteint son maximum en moins d'une minute ;
  • il s'accompagne de fièvre, de nuque raide, de vision double, de faiblesse ou de confusion ;
  • c'est un mal de tête nouveau, différent de tes crises habituelles, ou qui s'aggrave jour après jour ;
  • ton aura change de forme ou de durée ;
  • ta crise dure très longtemps sans s'arrêter : parles-en à un médecin sans attendre.

Pour décider entre urgences et rendez-vous, Mal de tête : quand aller aux urgences et quand attendre détaille chaque situation. En cas de doute, appelle le 15 : c'est exactement pour cela qu'il existe.

Et le quotidien : quand consulter sans urgence ?

Tu n'as pas besoin d'une urgence pour consulter. L'Assurance maladie conseille d'en parler à ton médecin si tu n'es pas sûre qu'il s'agisse d'une migraine, si tu es enceinte, si les crises perturbent ta vie, si tu utilises des médicaments contre la douleur plus de trois jours par semaine, ou si ton traitement habituel ne marche plus.

Si tu as mal à la tête presque tous les jours, c'est un autre sujet à creuser avec un professionnel : Pourquoi j'ai mal à la tête tous les jours ? t'aide à t'y repérer. Pour savoir vers qui te tourner et comment préparer le rendez-vous, il y a Migraine : quel médecin consulter.

Pour replacer ta situation dans un contexte plus large, La migraine en chiffres rassemble ce que disent les études mondiales.

En pratique : te rassurer sans te mettre en danger

La migraine est une maladie bénigne qui mérite d'être prise au sérieux, sans dramatiser. Le plus utile est de connaître tes crises habituelles, pour repérer rapidement ce qui sort de l'ordinaire.

Quelques réflexes simples :

  • note le type de tes crises (avec ou sans aura, durée, intensité) pour pouvoir en parler précisément ;
  • signale à ton médecin si tu as des auras, surtout si tu prends une contraception hormonale ou si tu fumes ;
  • ne reste pas seule face à un mal de tête soudain, violent ou accompagné de signes neurologiques ;
  • demande un avis dès qu'une crise te paraît différente des précédentes.

Aucun de ces points ne remplace un avis médical : ton médecin est le seul à pouvoir évaluer ta situation personnelle.

Questions fréquentes

Une migraine peut-elle provoquer un AVC ?

Les études montrent que la migraine avec aura est associée à un risque un peu plus élevé d'AVC ischémique, surtout chez les femmes jeunes, mais ce risque reste faible en valeur absolue. Une association n'est pas une preuve que la crise elle-même cause l'AVC. Parles-en à ton médecin si tu as des auras, notamment si tu fumes ou prends une contraception hormonale.

La migraine sans aura est-elle dangereuse ?

La migraine sans aura est considérée comme bénigne et son lien avec les maladies vasculaires est moins net que pour la forme avec aura. Une grande étude danoise a tout de même observé une hausse modérée de certains risques chez les personnes migraineuses, avec des limites méthodologiques reconnues. Cela justifie de surveiller les facteurs classiques (tabac, tension), pas de t'inquiéter.

Comment savoir si mon mal de tête est une urgence ?

Un mal de tête soudain, d'intensité maximale dès le début, avec fièvre, nuque raide, vomissements, faiblesse, trouble de la parole ou confusion, est une urgence. Un mal de tête nouveau et très différent de tes crises habituelles mérite aussi un avis rapide. En cas de doute, appelle le 15.

Les migraines abîment-elles la mémoire ou le cerveau ?

Une étude de l'Inserm sur 780 personnes de plus de 65 ans n'a pas trouvé de surrisque de déclin cognitif chez les personnes ayant des migraines ou des maux de tête importants. Ces résultats sont rassurants, mais ils concernent une population âgée et ne répondent pas à toutes les questions.

Dois-je arrêter ma pilule si j'ai des migraines avec aura ?

Ne l'arrête pas toute seule : c'est une décision à prendre avec ton médecin ou ta sage-femme. Ce qui est établi, c'est que la contraception contenant des œstrogènes est contre-indiquée en cas de migraine avec aura, et que d'autres méthodes existent. Prends rendez-vous pour en discuter.

Sources

Écrit par Laurine Nicoletti, fondatrice de Mellow, qui vit avec la migraine depuis ses 21 ans. En savoir plus · Comment nous écrivons nos articles

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