← Retour au blog
Femme pensive à la longue tresse, le doigt sur la tempe, imaginant une plaquette de pilules
Déclencheurs

Pilule et migraine : ce que disent les études et quand en parler à ton médecin

Par Laurine Nicoletti11 min

Tu as commencé la pilule et tes migraines se sont multipliées. Ou tu as des migraines depuis l'adolescence, tu vois parfois des zigzags lumineux avant la douleur, et tu te demandes si ta pilule est vraiment compatible. La relation entre pilule et migraine n'est ni simple ni la même pour toutes : selon les cas, la pilule peut ne rien changer, améliorer ou aggraver les crises.

Dans cet article, on fait le point sur ce qui est établi (surtout autour de l'aura), sur ce qui reste incertain, et sur les questions à poser à ton médecin. Il ne remplace pas une consultation : le choix d'une contraception se fait toujours avec un professionnel de santé. Ce sujet fait partie de notre dossier Les déclencheurs de la migraine, où tu retrouveras les autres facteurs qui jouent sur tes crises.

En bref

  • La Société française d'étude des migraines et céphalées (SFEMC) explique que la pilule estroprogestative peut influencer la migraine dans tous les sens : aucun effet, amélioration ou aggravation.
  • En cas de migraine avec aura, la pilule contenant des œstrogènes (estroprogestative) est contre-indiquée, car elle augmente le risque d'AVC ischémique, même si ce risque reste faible en valeur absolue.
  • Une migraine sans aura n'est pas en soi une contre-indication à la pilule, mais le médecin tient compte de ton âge, du tabac et de tes autres facteurs de risque vasculaire.
  • Si tes crises changent (plus fréquentes, plus fortes, ou apparition d'une aura) après le début d'une pilule, c'est un motif d'en parler à ton médecin sans attendre le prochain rendez-vous de routine.

La pilule peut-elle donner ou aggraver des migraines ?

Oui, chez certaines femmes, mais pas chez toutes, et l'effet inverse existe aussi. La SFEMC le résume ainsi : la pilule estroprogestative peut ne pas modifier la migraine, l'améliorer ou l'aggraver.

Des articles de formation destinés aux médecins notent aussi que des crises peuvent apparaître pour la première fois sous contraception, surtout dans les premiers cycles. Ça ne veut pas dire que la pilule est « la » cause de tes migraines : elle peut être un facteur parmi d'autres, ou une coïncidence avec une autre période de ta vie (études, stress, sommeil décalé).

Pour y voir clair, le plus utile est de comparer. Avant et après le début de la pilule, combien de crises par mois, de quelle intensité, avec ou sans aura ? Sans notes, c'est très difficile de s'en souvenir avec précision.

Pourquoi les hormones influencent-elles la migraine ?

Les variations d'œstrogènes semblent jouer un rôle important, mais le mécanisme exact n'est pas entièrement élucidé. Chez beaucoup de femmes, les crises sont liées à la baisse des œstrogènes qui précède les règles. C'est ce qu'on décrit dans notre article sur la migraine et les règles et, quand le lien est net, dans celui sur la migraine cataméniale.

Avec une pilule classique, tu prends des hormones pendant 21 jours, puis tu fais une pause. Pendant cette pause, le taux d'œstrogènes chute, et certaines femmes ressentent des migraines à ce moment-là. Pour certaines migraines liées aux règles, un médecin peut parfois envisager d'adapter le schéma de prise.

Attention, cette piste concerne des situations précises (migraine liée aux règles, sans aura) et se décide uniquement avec un médecin. Elle n'est pas une solution générale, et elle ne s'applique pas si tu as des migraines avec aura.

Pilule et migraine avec aura : pourquoi cette précaution ?

La migraine avec aura est la situation où la pilule estroprogestative est contre-indiquée, à cause d'un risque plus élevé d'AVC ischémique. Ameli indique que la contraception estroprogestative est contre-indiquée avant 35 ans en cas de migraine avec aura, et c'est aussi la position de la Haute Autorité de santé dans sa fiche mémo sur la contraception.

L'aura, ce sont ces signes qui précèdent ou accompagnent la douleur : lumière qui scintille, zones floues, fourmillements. Si tu veux les reconnaître, notre article sur la migraine avec aura détaille les signes les plus fréquents.

Que disent les chiffres ?

Les chiffres varient selon les sources, car ils viennent d'études différentes. Selon un article de formation médicale, l'estroprogestatif est associé à un risque d'AVC ischémique multiplié par 2 à 4 chez les femmes qui ont des antécédents de migraine, et par 6 à 8 en cas d'aura. Le Vidal rappelle que ce risque augmente encore avec le tabac.

Un point de contexte important : un risque « multiplié par » est un risque relatif. Chez une femme jeune, le risque de départ est très faible, donc le risque absolu reste bas. Les autorités de santé retiennent malgré tout une contre-indication, par prudence, parce qu'un AVC est une complication grave et qu'il existe d'autres moyens de contraception.

Pourquoi l'âge et le tabac comptent

La contre-indication ne s'arrête pas à l'aura. D'après Ameli, après 35 ans, la contraception estroprogestative est contre-indiquée en cas de migraine, avec ou sans aura, ou si tu fumes. La SFEMC ajoute que si tu as de la migraine et d'autres facteurs de risque vasculaire (tabac, hypertension, obésité, antécédent de thrombose), une pilule sans œstrogènes ou une contraception non hormonale est préférée.

Et si tu as des migraines sans aura ?

La migraine sans aura n'est pas, à elle seule, une contre-indication à la pilule. La SFEMC précise même que la migraine n'est pas une contre-indication à la pilule classique, en insistant sur un point : chez les adolescentes, l'absence de contraception expose à un risque de grossesse non désirée bien plus important que le risque d'aggravation des migraines.

Le médecin vérifie malgré tout plusieurs éléments avant de prescrire : ton âge, le tabac, ta tension, tes antécédents personnels et familiaux de thrombose ou d'AVC. Il est aussi important de bien distinguer ta migraine d'une autre forme de mal de tête, et de savoir si elle s'accompagne d'une aura ou non (voir migraine sans aura). Une aura discrète, que tu n'avais jamais remarquée, change la donne.

Tout cela suppose que ton médecin connaisse bien le type de tes crises. Plus tu peux décrire précisément ce que tu ressens, plus la discussion est utile.

Quelles autres options existent si la pilule classique ne convient pas ?

Plusieurs méthodes ne contiennent pas d'œstrogènes et sont généralement discutées dans ce cas. Pour les femmes qui ont des migraines avec aura, la SFEMC indique qu'il faut recourir uniquement à une contraception progestative pure (sans œstrogènes) ou non hormonale.

Dans la pratique, les options évoquées sont :

  • les pilules progestatives (sans œstrogènes) ;
  • le dispositif intra-utérin (DIU, stérilet), au cuivre ou hormonal ;
  • les méthodes de barrière (préservatif, par exemple).

Tous les documents ne sont pas parfaitement alignés dans le détail. La fiche mémo de la HAS, plus ancienne, cite pour la migraine avec aura le DIU au cuivre, les méthodes de barrière et les méthodes naturelles, tandis que d'autres sources acceptent aussi les pilules progestatives. C'est une bonne raison de laisser ton médecin ou ta sage-femme faire le choix avec toi, en fonction de ton profil.

Ces options peuvent aussi modifier tes règles (saignements irréguliers, par exemple). Et comme les hormones jouent sur la migraine, un changement de contraception peut changer ton rythme de crises, dans un sens ou dans l'autre, sans qu'on puisse le prédire.

Ce qui reste incertain

Il reste plusieurs zones où les données sont moins nettes, et il vaut mieux le dire honnêtement.

  • Le mécanisme exact. On sait que les œstrogènes influencent la migraine et les vaisseaux, mais on ne comprend pas entièrement pourquoi l'aura associée à la pilule augmente le risque d'AVC.
  • L'effet individuel. Personne ne peut prédire à l'avance si ta migraine s'améliorera, s'aggravera ou ne bougera pas sous pilule.
  • Le type de pilule. Pour le risque de thrombose en général, une grande étude française sur près de 5 millions de femmes a montré des écarts selon le type de progestatif et la quantité d'œstrogène. Mais cette étude porte sur le risque vasculaire, pas spécifiquement sur la migraine : on ne peut pas en déduire qu'une pilule donnée serait « meilleure » pour tes crises.
  • Les différences entre recommandations. Comme on l'a vu, les documents ne détaillent pas toujours les mêmes méthodes pour la migraine avec aura.

Donc si une personne ou un site t'affirme qu'il existe « la bonne pilule anti-migraine », méfie-toi : les données ne permettent pas de promettre cela.

Quand en parler à ton médecin, et quelles questions poser ?

Parles-en dès qu'il y a un changement dans tes migraines, ou avant de débuter ou de changer de contraception. Pour la SFEMC, une femme migraineuse doit discuter d'un éventuel arrêt de la pilule avec son médecin en cas de maux de tête inhabituels, de migraines habituelles plus fréquentes et plus intenses, ou d'apparition de crises avec aura. Le Vidal indique de même que l'apparition de migraines ou l'aggravation d'une migraine existante conduit à l'arrêt définitif de la contraception estroprogestative, sur décision médicale.

Ne modifie pas ta contraception seule : une grossesse non souhaitée est aussi un enjeu à prendre au sérieux. Et si un signe neurologique apparaît brutalement et te semble inhabituel (faiblesse d'un côté, difficulté à parler, trouble de la vision soudain), appelle le 15 sans attendre.

Les questions à poser

Tu peux préparer ton rendez-vous avec ces questions :

  1. Mes migraines sont-elles avec ou sans aura, d'après ce que je décris ?
  2. Ma pilule actuelle est-elle compatible avec mon profil (âge, tabac, tension, antécédents familiaux) ?
  3. Quelles contraceptions sans œstrogènes pourrais-je envisager, et quels sont leurs avantages et inconvénients ?
  4. Si mes migraines surviennent surtout autour des règles, existe-t-il une piste adaptée à mon cas ?
  5. Que dois-je surveiller après un changement de contraception, et à quel moment te recontacter ?
  6. Mes migraines justifient-elles de consulter un neurologue ou un spécialiste des céphalées ?

Apporte aussi un relevé de tes crises sur quelques mois : dates, durée, intensité, présence d'aura, moment du cycle. Pour repérer ce qui revient, notre guide pour identifier tes déclencheurs peut t'aider à structurer ces notes.

En pratique : ce qu'il faut retenir

La pilule n'est ni bonne ni mauvaise pour la migraine en général : tout dépend du type de migraine, de ton âge et de tes autres facteurs de risque. Le point le mieux établi est la contre-indication de la pilule estroprogestative en cas d'aura. Le reste se décide au cas par cas.

Ce que tu peux faire dès maintenant : noter tes crises et leur évolution, savoir si tu as une aura, et préparer tes questions avant de voir ton médecin. Tu n'as pas à choisir entre une contraception efficace et une vie sans migraines à tout prix : il existe plusieurs options, et en parler suffit souvent à avancer.

Questions fréquentes

La pilule peut-elle provoquer des migraines ?

Elle peut parfois les déclencher ou les aggraver, notamment dans les premiers cycles, mais elle peut aussi ne rien changer, voire améliorer certaines migraines. La SFEMC décrit un effet variable selon les femmes. Si tes crises changent après le début d'une pilule, parles-en à ton médecin.

Peut-on prendre la pilule quand on a des migraines avec aura ?

La pilule estroprogestative (avec œstrogènes) est contre-indiquée en cas de migraine avec aura. D'autres méthodes, sans œstrogènes, sont généralement discutées à la place : c'est au médecin de choisir avec toi, selon ton profil.

La pilule est-elle possible en cas de migraine sans aura ?

La migraine sans aura n'est pas en soi une contre-indication à la pilule classique. Le médecin tient compte de ton âge, du tabac et de tes autres facteurs de risque vasculaire, et surveille l'évolution de tes crises.

Y a-t-il une pilule « adaptée » aux migraines ?

Il n'existe pas de pilule démontrée comme universellement adaptée à la migraine. Les études disponibles portent surtout sur le risque vasculaire, pas sur l'effet de chaque pilule sur tes crises. Seul un médecin peut t'aider à choisir selon ton cas.

Que faire si mes migraines commencent après la pilule ?

Note tes crises (date, durée, intensité, aura éventuelle) et consulte pour en discuter, sans arrêter ta pilule de ton propre chef. Si un symptôme neurologique soudain et inhabituel apparaît, appelle le 15.

Sources

Écrit par Laurine Nicoletti, fondatrice de Mellow, qui vit avec la migraine depuis ses 21 ans. En savoir plus · Comment nous écrivons nos articles

Articles connexes

Tous les articles « Déclencheurs »

Télécharge Mellow

Gratuit à télécharger. Note ta première crise en quelques secondes.

4,8 sur 62 notes
Télécharger dans l'App StoreDisponible sur Google Play