Glossaire de la migraine : tous les termes expliqués simplement
Quand tu commences à t'intéresser à la migraine — par toi-même ou parce qu'un médecin vient de te diagnostiquer — tu te retrouves vite noyé sous le jargon médical. Aura, scotome, photophobie, triptan, CGRP, prodrome... C'est un vocabulaire entier à apprendre.
Ce glossaire rassemble les 55 termes les plus utiles pour comprendre ce qui t'arrive et discuter efficacement avec ton médecin. Définitions courtes, sans jargon inutile, avec des liens vers les articles complets quand le sujet mérite d'être creusé.
Sommaire
- Les types de maux de tête
- Les phases d'une crise
- Les symptômes
- Les médicaments et traitements
- La science derrière la migraine
- Les outils de suivi médical
Les types de maux de tête
Algie vasculaire de la face (AVF)
Aussi appelée céphalée en grappe (cluster headache). Forme rare mais extrêmement intense de céphalée, considérée comme l'une des douleurs les plus violentes connues en médecine. Caractérisée par une douleur perçante derrière ou autour d'un œil, du même côté à chaque crise. Crises courtes (15 min à 3 heures) mais répétées en "grappes" sur plusieurs semaines.
Céphalée
Terme médical générique pour mal de tête. Toute douleur ressentie dans la région du crâne. Englobe migraine, céphalée de tension, AVF, et toutes les autres formes.
Céphalée chronique quotidienne (CCQ)
Mal de tête présent plus de 15 jours par mois, depuis plus de 3 mois. Touche environ 3% des adultes. Peut résulter d'une migraine transformée, d'une céphalée de tension chronique, ou d'un abus médicamenteux. Voir notre article sur pourquoi tu as mal à la tête tous les jours.
Céphalée de tension
La forme de mal de tête la plus fréquente dans la population générale. Douleur bilatérale, en pression ou en bandeau serré, d'intensité légère à modérée. Pas pulsatile, pas de nausées, peu d'hypersensibilité. Souvent liée au stress ou aux tensions cervicales.
Céphalée par abus médicamenteux
Aussi appelée céphalée de rebond ou céphalée médicamenteuse. Mal de tête provoqué par la prise excessive d'antalgiques ou de triptans. Critère : antalgiques simples > 15 jours/mois ou triptans > 10 jours/mois pendant > 3 mois. Réversible avec un sevrage encadré.
Céphalée primaire vs céphalée secondaire
Primaire : la douleur est la maladie elle-même (migraine, céphalée de tension, AVF). Secondaire : la douleur est le symptôme d'autre chose (sinusite, AVC, méningite, traumatisme, etc.).
Hémicrânie continue
Céphalée rare, strictement unilatérale et continue, qui répond spécifiquement à un médicament : l'indométacine. Sa réponse à ce traitement fait partie des critères diagnostiques.
Hémicrânie paroxystique
Forme rare proche de l'AVF, mais avec des crises plus courtes (2 à 30 min) et plus fréquentes (souvent > 5 par jour). Touche plus les femmes. Répond aussi à l'indométacine.
Migraine
Maladie neurologique chronique caractérisée par des crises récurrentes de céphalée pulsatile, souvent unilatérale, modérée à sévère, accompagnée de nausées, photophobie et phonophobie. Touche environ 15% de la population mondiale. Voir migraine vs mal de tête pour bien faire la distinction.
Migraine cataméniale
Migraine liée au cycle menstruel, survenant 2 jours avant à 3 jours après le début des règles, sur au moins 2 cycles sur 3. Touche environ 7% des femmes migraineuses dans sa forme pure. Voir notre article sur migraine et règles.
Migraine chronique
Migraine ayant évolué vers la chronicité : 15 jours ou plus de mal de tête par mois, dont au moins 8 avec caractéristiques migraineuses, depuis plus de 3 mois. Touche 1-2% de la population.
Migraine épisodique
Forme la plus courante de migraine. Moins de 15 jours de mal de tête par mois. La majorité des migraineux sont dans ce cas, avec une fréquence allant de quelques crises par an à plusieurs par mois.
Migraine hémiplégique
Forme rare et impressionnante de migraine avec aura, où l'aura inclut une faiblesse motrice transitoire d'un côté du corps. Peut être confondue avec un AVC. Existe en forme familiale (génétique) ou sporadique.
Migraine ophtalmique
Terme grand public pour la migraine avec aura visuelle. Précédée de troubles visuels (scotome, zigzags, phosphènes) avant la céphalée. Représente environ 20-30% des migraines. Voir notre article complet sur la migraine ophtalmique.
Migraine sans aura
Forme la plus courante (75-80% des migraines). La crise débute directement par la céphalée pulsatile, sans symptômes neurologiques préalables. Voir migraine avec aura pour le contraste.
Migraine vestibulaire
Forme caractérisée par des vertiges comme symptôme dominant, avec ou sans céphalée associée. Souvent sous-diagnostiquée car les patients consultent en ORL plutôt qu'en neurologie.
Névralgie d'Arnold
Douleur due à l'irritation du nerf grand occipital, à la base du crâne. Provoque une douleur en éclair de la nuque vers le sommet du crâne, souvent confondue avec une migraine.
Névralgie du trijumeau
Douleur faciale extrême en éclairs très brefs (quelques secondes), déclenchée par des gestes simples (parler, mâcher, toucher le visage). Pas une céphalée à proprement parler, mais souvent confondue.
Les phases d'une crise
Phase prémonitoire (ou prodrome)
Phase qui précède la crise de quelques heures à 2 jours. Symptômes possibles : irritabilité, fatigue, fringales, bâillements, nuque raide, troubles digestifs. Permet à certains migraineux d'anticiper la crise. Voir combien de temps dure une migraine pour les 4 phases en détail.
Aura
Symptômes neurologiques transitoires précédant ou accompagnant la céphalée. Durée typique : 5 à 60 minutes. Le plus souvent visuelle, mais peut aussi être sensitive (fourmillements), aphasique (langage), ou motrice (faiblesse).
Phase de céphalée
Phase douloureuse principale. Douleur pulsatile, souvent unilatérale, d'intensité modérée à sévère, durée de 4 à 72 heures sans traitement. Accompagnée de nausées, photophobie, phonophobie.
Postdrome
Phase de récupération après la disparition de la douleur. Sensation d'épuisement, difficultés de concentration, humeur dépressive, parfois encore des nausées. Peut durer jusqu'à 24-48 heures. Souvent appelée "gueule de bois migraineuse".
Les symptômes
Allodynie
Sensation douloureuse provoquée par un stimulus normalement non douloureux (toucher léger, peigne dans les cheveux, port de lunettes). Présente chez ~60% des migraineux pendant la crise. Signe de "sensibilisation centrale" du système nerveux.
Aphasie
Difficulté transitoire à parler ou comprendre le langage. Peut faire partie d'une aura migraineuse (aura aphasique). À distinguer d'un AVC, surtout si c'est la première fois.
Hémianopsie
Perte de la moitié du champ visuel. Peut être un symptôme d'aura migraineuse ou un signe d'AVC. Si c'est la première fois et que ça dure plus d'une heure, urgence médicale.
Hyperacousie
Sensibilité accrue à l'intensité des sons. À distinguer de la phonophobie qui est l'aversion (les bruits font mal), tandis que l'hyperacousie c'est leur perception comme trop forts.
Métamorphopsie
Trouble visuel où les objets paraissent déformés : plus grands (macropsie), plus petits (micropsie), plus proches ou plus éloignés. Peut faire partie d'une aura visuelle, plus rare que le scotome.
Osmophobie
Aversion aux odeurs pendant une crise. Symptôme très spécifique de la migraine (rare dans les autres céphalées). Présent chez environ 25-50% des migraineux.
Paresthésie
Sensations de fourmillements ou picotements sur la peau. Souvent dans une aura migraineuse, débutant typiquement dans la main et remontant le long du bras jusqu'au visage du même côté.
Phonophobie
Aversion au bruit pendant une crise. Pousse les migraineux à se réfugier dans le silence. Présente chez environ 70-80% des migraineux.
Phosphène
Perception lumineuse sans qu'il y ait réellement de stimulus lumineux : flashs, points brillants, "étoiles". Peut faire partie d'une aura visuelle ou apparaître seul (notamment en cas de décollement du vitré, à faire vérifier).
Photophobie
Aversion à la lumière pendant une crise. Présente chez 80-90% des migraineux. Pousse à fermer les volets et s'allonger dans le noir.
Pulsatile
Adjectif décrivant une douleur qui bat au rythme du pouls. Caractéristique typique de la migraine, contrairement à la céphalée de tension qui est plutôt continue et en pression.
Scotome scintillant
Forme la plus typique d'aura visuelle. Tache aveugle entourée de zigzags lumineux qui scintillent et s'agrandissent progressivement. Disparaît en 20-60 minutes.
Les médicaments et traitements
AINS
Anti-inflammatoires non stéroïdiens. Première ligne de traitement des crises de migraine légères à modérées. Exemples : ibuprofène, naproxène, kétoprofène, aspirine. Plus efficaces que le paracétamol sur la migraine.
Anti-CGRP (anticorps monoclonaux)
Nouvelle classe de traitement préventif spécifique de la migraine, en injection mensuelle ou trimestrielle. Bloquent le CGRP ou son récepteur. Exemples : érenumab (Aimovig), fremanezumab (Ajovy), galcanézumab (Emgality), eptinézumab. Réservés aux migraines sévères.
Bêta-bloquant
Médicament initialement développé pour les maladies cardiaques, utilisé en prévention de la migraine depuis les années 70. Le plus connu : propranolol. Réduit la fréquence des crises chez environ la moitié des patients.
Botox (toxine botulique)
Injecté en multiples points du cuir chevelu et du cou tous les 3 mois, uniquement pour la migraine chronique (>15 jours/mois). Réduit le nombre de jours de migraine chez environ 50% des répondeurs.
Dérivés de l'ergot
Famille de médicaments anciens (ergotamine, dihydroergotamine) vasoconstricteurs utilisés dans les crises de migraine. Largement supplantés par les triptans, mais encore utilisés en cas de crise très longue ou résistante.
Gépants
Nouvelle classe de petites molécules par voie orale qui bloquent le récepteur du CGRP. Utilisables en crise (rimegepant, ubrogepant) ou en prévention (atogepant, rimegepant). Pas encore tous remboursés en France en 2026.
Lasmiditan (ditans)
Médicament de crise sans effet vasoconstricteur, utilisable chez les patients avec contre-indications aux triptans (antécédents cardiovasculaires). Effet sédatif important : interdiction de conduire pendant 8h après la prise.
Triptans
Référence du traitement de la crise migraineuse modérée à sévère depuis les années 90. Familles : sumatriptan, zolmitriptan, rizatriptan, naratriptan, eletriptan, almotriptan, frovatriptan. Vasoconstricteurs, donc contre-indiqués en cas de risque cardiovasculaire.
Topiramate
Anti-épileptique également efficace en prévention de la migraine. Effets secondaires fréquents (paresthésies, troubles cognitifs, perte de poids). Souvent prescrit après échec des bêta-bloquants.
Traitement de crise (abortif)
Médicament pris au moment de la crise pour la stopper ou la réduire. AINS, paracétamol, triptans, gépants, lasmiditan. À prendre le plus tôt possible.
Traitement de fond (préventif)
Médicament pris quotidiennement (ou périodiquement) pour réduire la fréquence et l'intensité des crises. Indiqué à partir de 4-8 jours de migraine par mois selon les cas. Bêta-bloquants, topiramate, amitriptyline, anti-CGRP, etc.
La science derrière la migraine
CGRP
Calcitonin Gene-Related Peptide : peptide neuronal massivement libéré pendant la crise migraineuse. Provoque inflammation et vasodilatation des méninges. Cible principale des nouveaux médicaments (anti-CGRP, gépants).
Cortex visuel
Région à l'arrière du cerveau (lobe occipital) qui traite l'information visuelle. Zone d'origine des auras visuelles dans la migraine ophtalmique.
Dépression corticale envahissante (CSD)
En anglais : Cortical Spreading Depression. Vague d'activité électrique anormale qui se propage à la surface du cerveau à environ 3 mm/minute. Mécanisme reconnu de l'aura migraineuse.
Méninges
Trois enveloppes protégeant le cerveau : dure-mère, arachnoïde, pie-mère. Riches en récepteurs de la douleur. L'inflammation des méninges est centrale dans la douleur migraineuse.
Sérotonine (5-HT)
Neurotransmetteur fortement impliqué dans la migraine. Les triptans agissent sur les récepteurs 5-HT1B et 5-HT1D. Une chute du taux de sérotonine pendant la crise contribue à la douleur.
Système trigéminovasculaire
Réseau de fibres nerveuses du nerf trijumeau qui innervent les vaisseaux des méninges. Son activation est au cœur de la cascade douloureuse migraineuse. Cible thérapeutique principale.
Vasoconstriction / vasodilatation
Vasoconstriction : rétrécissement des vaisseaux sanguins. Vasodilatation : élargissement. La migraine implique une dilatation anormale des vaisseaux des méninges, contre laquelle agissent les triptans (vasoconstricteurs).
Les outils de suivi médical
Agenda des céphalées (ou agenda de migraine)
Outil de suivi quotidien des crises : date, durée, intensité, symptômes, médicaments, déclencheurs suspectés. Outil de base du diagnostic et de l'évaluation de l'efficacité d'un traitement. Voir comment identifier ses déclencheurs.
Échelle MIDAS
Migraine Disability Assessment Scale. Questionnaire en 5 questions évaluant l'impact de la migraine sur la vie quotidienne au cours des 3 derniers mois. Score 0-5 (peu d'impact) à 21+ (impact sévère).
Échelle HIT-6
Headache Impact Test. Questionnaire en 6 questions évaluant la gravité du retentissement des céphalées sur la vie quotidienne. Très utilisé en consultation et dans les essais cliniques.
ICHD-3
International Classification of Headache Disorders, 3ème édition. Classification internationale de référence définissant les critères diagnostiques précis de tous les types de céphalées. Publiée par l'International Headache Society.
Termes utiles à connaître
Comorbidité
Présence simultanée de plusieurs maladies chez une même personne. Les migraineux ont plus souvent que la moyenne : anxiété, dépression, troubles du sommeil, syndrome de l'intestin irritable, fibromyalgie.
Déclencheur (trigger)
Élément qui peut provoquer une crise chez une personne migraineuse : stress, hormones, alimentation, sommeil, météo, écrans, etc. Variable d'un individu à l'autre. Voir stress et migraines et pression atmosphérique.
Yo-yo de stress (effet "let-down")
Phénomène où la chute brutale du niveau de stress déclenche une migraine, expliquant les fameuses "migraines du week-end". Mécanisme lié aux variations de cortisol.
Comment utiliser ce glossaire
Ce glossaire est conçu pour t'accompagner dans ton parcours migraineux. Tu peux y revenir à chaque fois qu'un nouveau terme apparaît : lors d'une consultation, en lisant un article, ou en regardant une notice de médicament.
Plus tu comprends le vocabulaire, plus tu peux devenir acteur de ta prise en charge. Tu poses de meilleures questions à ton médecin, tu décris mieux tes crises, tu repères mieux les patterns.
Notre app Mellow est construite autour de cette idée : t'aider à mieux comprendre TES migraines en collectant des données précises sur tes crises, tes déclencheurs, l'efficacité de tes traitements. Au fil du temps, tu obtiens une vision claire de ce qui te concerne, toi.
Sources
Inserm — Migraine, dossier d'information. inserm.fr/dossier/migraine
Société française d'Études des Migraines et Céphalées (SFEMC) — Recommandations 2021.
Académie Nationale de Médecine — Dictionnaire médical. academie-medecine.fr
Haute Autorité de Santé (HAS) — Recommandations sur la prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine. has-sante.fr
Ameli.fr — Mal de tête (céphalée) : définition et causes. ameli.fr
ICHD-3 (International Classification of Headache Disorders, 3rd edition). ichd-3.org
Manuel MSD — Migraine, troubles neurologiques. msdmanuals.com
Vidal — Comment traiter la migraine ?. vidal.fr
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